Lundi 28 Janvier 2008, un professeur de technologie du collège Gilles-de-Chin à Berlaimont, a été insulté par un élève de 11 ans («connard»), et, emporté par la colère, a giflé cet élève. Peu après, le père de cet élève, gendarme, s'est rendu dans cet établissement, en uniforme, pour mener sa propre enquête, avant de porter plainte. L'après-midi, des policiers se sont rendus au domicile de notre collègue et lui ont imposé une garde à vue de 24 heures. Au cours de cette garde à vue, notre collègue s'est vu imposer un test d'alcoolémie qui a révélé (sic !) un taux de 0,3 g/l, qui peut être provoqué par un verre (d'alcool, de bière), test effectué plusieurs heures après les faits, alors que notre collègue était rentré chez lui, secoué par cet événement.
Nous, professeurs du Lycée Saint-Joseph de Sarlat, exprimons notre soutien à notre collègue (renvoyé devant un Tribunal Correctionnel le 27 mars prochain). Notre métier n'est pas facile, est soumis à des exigences sociales et politiques contradictoires . Nous devons et devrions être autoritaires sans jamais faire preuve d'autorité, comme si des gendarmes devaient mesurer les vitesses des automobilistes, les en informer, mais ne jamais les sanctionner... Nous ne pensons pas que la gifle constitue une solution, mais nous pensons qu'elle peut exceptionnellement intervenir si un élève manque gravement de respect à son professeur, et, comme la goutte d'eau qui fait déborder le vase, intervient au bout d'une chaîne de comportements et de signes qui témoignent de ce manque de respect de l'enfant à l'égard des adultes. Nous respectons les enfants qui nous sont confiés, nous demandons une réciprocité permanente.
Notre métier n'est pas simple, parce qu'il cumule plusieurs nécessités, plusieurs niveaux de compétence et d'objectifs. La société en demande t-elle autant aux autres métiers ? Notre métier devient d'autant moins simple que, malgré les discours en faveur de l'école et de l'éducation, les moyens ne cessent de diminuer. Des milliers de poste ont été supprimés depuis 2002, d'autres doivent l'être encore l'année prochaine. Nous ne savons pas si cette saignée va s'arrêter, si on ne va pas demander à des professeurs d'enseigner deux, trois, quatre matières, etc. Nous protestons contre ces suppressions de postes et de moyens qui portent atteinte à la possibilité et à la qualité de la réalisation des objectifs scolaires. Nous protestons également contre les violences verbales et physiques que les professeurs subissent, sans que, sauf exception criminelle (le cas de Karen Montet-Toutain), les journaux ne fassent mention des faits en question. Nous protestons également contre l'instrumentalisation de la police et de la justice pour des faits qui doivent relever d'un dialogue entre l'institution scolaire, la direction des établissements, les professeurs, les personnels, et les parents, leurs enfants.
Le 5 Février 2008